Mission impossible
Ce soir, il pleut à Pékin. Et la ville, d'habitude envahie de taxis de toutes les couleurs, se retrouve en manque. C'est naturel dans le sens ou moins de gens ont envi de marcher ou de se taper le parapluie mouillé de son voisin de bus dans les côtes, mais ce n'est pas "un peu plus dur" de trouver un taxi à Pékin lorsqu'il pleut, c'est carrément mission : impossible.Bon, pour ne rien améliorer, comme à chaque fois qu'il pleut, j'ai laissé mon parapluie à la maison après l'avoir trimbalé 10 jours dans mon sac et qu'il ne soit pas tombé une goutte. Mais bon. Ce matin il faisait gris sans plus (on est habitué à la grisaille, cet été !) et même à l'heure de rentrer chez soi, il ne pleuvait pas. Seulement, je décide que j'ai passé trois jours sur une traduction et que j'en ai marre, donc qu'il faut que je finisse aujourd'hui pour passer à autre chose lundi. De 17h, on arrive presque 19h, enfin fini. Je regarde par la fenêtre : et m..., on dirait qu'il pleut. Je descends, et ça se vérifie.
La dernière fois qu'il a plu le soir, j'ai attendu presque 45 minutes sous la pluie, et j'ai choppé une crève dont je ne suis arrivée à me défaire que plusieurs semaines plus tard.
Cette fois-ci, pas question de renouveller l'expérience, agissons avec stratégie. Devant le bâtiment de mon bureau, y'a jamais un chat quand il pleut. Je ne m'arrête même pas et me dirige vers le Kerry Center. D'un côté comme de l'autre de la route, une dizaine de personnes attendent. Tous en paquets. Et se ruent tous ensemble sur le taxi qui arrive, comme des déments, jouant des coudes pour écarter l'ennemi et se placer devant la portière. Ok, je sens que ça va m'énerver. Réfléchissons.A l'autre bout du Kerry Center, y'a un hôtel haut de gamme, le Shangri-la je crois. Bon, allons y. Je passe par l'intérieur pour ne pas me mouiller et faire croire que j'arrive du lobby, même si on ne doit pas te jeter aux fauves si tu t'insères dans la file d'attente des taxi en venant d'autre part que de l'hôtel - enfin, ne sait-on jamais. Parce que oui, vous avez bien lu, il y a une file d'attente. Plus de monde qu'au Kerry Center, mais pas de risque de se faire écraser les pieds ou de se faire doubler par la co...asse - qui a pourtant l'air toute douce et fragile - qui vient d'arriver il y a 30 secondes et qui prend tout le monde de vitesse.
Je prends donc ma place dans la file. Derrière moi, un couple qui loge à l'hôtel commence à se plaindre. Ca a le don de m'énerver, comme ceux qui engueulent les caissières au supermarché. Franchement, ça va pas plus vite, ça énerve tout le monde, et il se fabrique un ulcère. Enfin, revenons à notre bougon de l'hôtel qui maugère : "Oui, cet hôtel est minable, y'a même pas de taxi, comment ça se fait, c'est une honte, ect...". J'ai envi de me retourner et lui dire que l'hôtel n'a pas sa compagnie de taxi particulière, et que tout Pékin est dans son cas, mais je suis concentrée sur mon jeu des vers de terre qui doivent détuire les bâtiments des vers ennemis - on s'occupe comme on peut - donc je ne dis rien. Tout le monde scrute l'horizon (qui, avec la pluie, ne va pas très loin) et hurle dès qu'un taxi a le malheur de ne pas s'arrêter devant l'hôtel. Les portiers / chasseurs de taxi se font insulter. Tout le monde jette des coups d'oeil furtifs pour vérifier que personne ne resquille dans la file. Dix minute, 20 minutes, reste encore une dizaine de personnes devant moi. Le type de derrière continue de bougonner : "Un taxi toutes les 5 minutes, plus de 10 personnes devant nous, ça fait plus de 50 minutes !". Un taxi s'approche, et tout le monde le regarde avec envie. Pas malheur, le taxi ne prend pas la voie des taxis mais celle des voitures privées, qui passe pile devant la porte de l'hôtel. C'est l'affolement. La femme du râleur de derrière se met à hurler au portier : "Le taxi, là, regardez ! Il ne va pas dans la file des taxis ! Quelqu'un qui ne fait pas la queue va pouvoir monter au nez et à la barbe de nous autres, pauvres hères fatiguées par tant d'attente ! Mais faites quelque chose, nondjudjudju !"
Le portier prend la situation en main et appelle la personne qui se trouve en premier dans la file. Elle monte. La crise est écartée, mais l'espace d'un instant, on a eu peur ! On a frôlé la catastrophe !
Finalement, plus d'une demi-heure d'attente plus tard, c'est enfin mon tour. Il me faudra une minute d'attente en plus pour que la cliente précédente paie, replie ses billets un à un dans son portefeuille, arrange celui-ci dans son sac méticuleusement, et se decide enfin à laisser la place. Ouf. Après, la circulation type escargot vieillissant n'est plus un problème. De toute façon, mes vers viennent de détruire la tour et le château des vers ennemis d'un coup, alors je suis contente.
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