Le Nouvel An... et les jours d'après

Publié le par Aixue

Le 1er jour du 1er mois lunaire : le premier jour de l’année est appelé 元旦 (yuan2 dan1) car 元veut dire "origine, début" et "lever du jour".

Hommage aux ancêtres : dès le matin on procède au culte des ancêtres, auxquels l’on exprime sa reconnaissance. On offre devant les tablettes des ancêtres (des planchettes en bois sur lesquelles sont gravées les noms des défunts, placées sur l’autel des ancêtres) des gâteaux de nouvel An, des fruits, des aliments, du vin. On allume de l’encens et des bougies rouges puis on s’incline devant les tablettes en signe de reconnaissance de leur bonté, mais aussi, de celle des dieux, des parents et des aînés. A la fin de la cérémonie, toute la famille se félicite mutuellement. Les enfants défilent devant les parents et présentent leurs voeux, de l’aîné au plus jeune, et du fils à la fille. Ils peuvent aussi recevoir une enveloppe rouge à ce moment-là.

Enfin, dans les familles traditionnelles pures et dures. Moi j'ai jamais vu ça ! Et pourtant, il paraît que le Shandong, c'est traditionnel. Peut être qu'à Hong Kong... ?


做客 - "faire l’invité" : l’après-midi et les jours qui suivent, la famille rend visite aux proches, aux amis, aux supérieurs, chez qui on va présenter ses voeux. Quelques membres de la famille restent pour recevoir ses propres invités, auxquels leurs sont présentés sucreries, gâteaux, thés et tabac. Il est très mal vu de refuser bonbons ou fruits. Moi j'ai le droit de refuser les cigarettes car je ne fume pas, mais pas questions que Wang Chao refuse. Le nouvel an n'est donc pas une bonne période pour faire un régime, arrêter de fumer ou de boire ! Au début, je disais "non merci" après la 10ème mandarine de l'après midi et le 15ème bonbon, mais j'ai vite compris que ça les mettait mal à l'aise... Alors le truc, c'est de manger les fruits le plus lentement possible pour qu'on ne nous en repropose pas, et les bonbons, on les cache dans les poches !

Offrir des sucreries est une manière d’exprimer aux invités le voeu d’une douceur de vivre et d’une année sans soucis. Les enfants qui viennent présenter leurs souhaits reçoivent une orange par réciprocité de leurs voeux de bonheur. L’orange symbolise le bonheur et la longévité. Les invités peuvent donner des enveloppes rouges aux enfants.

Pendant ce temps, et depuis la veille, les pétards ne cessent de résonner. Ce premier jour de l’année est traditionnellement une journée exclusivement végétarienne, car il marque un nouveau départ, ainsi le corps doit être purifié. La tradition serait issue d’influences bouddhiques, selon lesquelles consommer de la viande est considéré comme impur. Le plat préparé la veille, peut être mijoté ou sauté cependant que les aliments qui le composent restent identiques champignons, pouces de bambou, grains de lotus...

Le 2ème jour du 1er mois lunaire : lors du deuxième jour, les activités de la Fête du Printemps se poursuivent. On continue de rendre visite aux proches et aux amis, et particulièrement aux parents de sa femme puisque ce jour est réservé à l’accueil du gendre. Ces visites ont pour but de renforcer les liens sociaux entre les familles.

Culte au dieu de la fortune : devant des cierges et de l’encens allumés, toute la famille prie le dieu de la fortune afin qu’il lui accorde chance et réussite pour l’année qui commence. On couronne la cérémonie par des pétards. Ce jour-ci le repas est le même que celui consommé au banquet du nouvel An.

3ème jour du 1er mois lunaire : le mariage des souris. Ce jour-là la tradition veut que l’on ne dérange à aucun prix les souris et qu’on les laisse même grignoter dans les savoureuses provisions de la famille. Au petit matin la famille s’efforce de se lever sans les troubler et dépose même à leur intention de la nourriture aux quatre coins de la maison. Selon la légende, un charbonnier reçut un jour la visite d’une jeune fille qui lui offrit de lui préparer son déjeuner. Alors qu’elle s’affairait au fourneau il remarqua des empreintes de griffes sur la pâte des raviolis et s’aperçut avec horreur que les mains de la jeune fille étaient semblables aux pattes des souris. Croyant avoir affaire à une sorcière, il voulu lui trancher les mains mais au même moment la jeune fille disparut comme par enchantement. Convaincu qu’il s’agissait d’une immortelle et pris de remords, il décida avec ses amis d’offrir de la nourriture aux souris afin d’apaiser la colère de l’immortelle. Depuis ce jour les souris furent autorisées à grignoter impunément dans les réserves des hommes, un jour par an.

Durant ces trois premiers jours de l’année, la croyance veut que si l’on mange du riz cuit avec trop d’eau, il fera de la pluie toutes les fois que l’on sortira dans l’année ! Tu parles d'une guigne !

Le 4ème jour du 1er mois lunaire : le retour des dieux du foyer. Le retour des dieux tutélaires est attendu ce jour-ci, on les accueille à l’aide de rafraîchissements déposés en offrande. Dans la journée tout le monde reprend ses occupations journalières interrompues par les rites occasionnés au moment de la fête du printemps.

Le 5ème jour du 1er mois : il marque la fin des réjouissances de la célébration du nouvel An, sans que la période de la fête du printemps soit totalement close. On enlève les emblèmes décoratifs dans la maison et les activités quotidiennes reprennent véritablement leur cours.
Le 7ème jour du 1er mois : le jour de l’homme 人日 (ren2 ri4). D’après les anciens écrits de Tung Fang So, censeur de l’empereur Wudi sous les Han (206 av JC - 220 ap JC), les huit premiers jours de l’année sont respectivement attribués au coq, au chien, au cochon, au mouton, au boeuf, au cheval, à l’homme et aux grains. Si un mouton met au monde des petits son jour (le 4ème), sa progéniture sera exemplaire si c'est un jour ensoleillé. C’est donc le7ème jour du 1er mois que les humains changent tous ensemble d’âge et non au jour de la naissance ! Du coup, un enfant qui vient au monde a déjà un an, et s’il est né durant le 12ème mois, il aura deux ans le 7ème jour du premier mois alors qu’il n’aura en réalité qu’un mois d’existence sur cette terre ! Enfin, ça c'est traditionnellement. Je ne connais aucun chinois qui fête son anniversaire ce jour là. Sinon, pour réserver une table, ce serait encore pire que pour le Nouvel An ! Remarquez que même aujourd'hui, les chinois utilisent plutôt le calendrier lunaire pour leur anniversaire. Wang Chao a donc deux anniversaire, un pour le calendrier lunaire (qui change donc de date tous les ans) et un pour notre calendrier ! Je suis sûre que c'est une méthode pour avoir plus de cadeaux ! Enfin, revenons à notre 7ème jour.

Pour fêter ce jour des hommes, la famille se réunit autour d’un banquet appelé 拜寿 (bai4 shou4) qui signifie littéralement "prier pour la longévité", et plus simplement, souhaiter un bon anniversaire. Les mets traditionnellement consommés sont les nouilles, qui du fait de leur longueur représentent une longue vie. Sautés avec des pousses de bambou, le plat signifiera "nous vous souhaitons une longue vie" car 竹 (zhu2) "bambou" 祝 (zhu4) "souhaiter" se prononcent de la même façon. Ah, les chinois et leurs jeux de mot ! Toujours vert et inaltérable le bambou est aussi signe de jeunesse et de longévité.

La fête des lanternes (15ème jour du 1ier mois lunaire) : c'est la clôture de la période de festivités du nouvel An. Ce jour là, la lune entre dans sa première lunaison depuis la nuit de l’avènement du nouvel An. Les Chinois célèbrent cette soirée de pleine lune en accrochant des lanternes multicolores aux fenêtres et dans la rue. Elles sont généralement confectionnées avec du papier souvent fin, ou encore du tissu. On en trouve à l’effigie des animaux issus de l’horoscope chinois. Parmi ceux-ci, les plus nombreux sont ceux qui représentent l’animal de l’année qui vient de commencer. Parfois des scènes historiques célèbres sont entièrement reproduites.

A l’origine, la fête était rendue en l’honneur des astres et des étoiles, et les offrandes étaient destinées à un univers éternel qui, depuis longtemps précédait l’homme dans sa réalité. Au premier siècle de notre ère, l’empereur Ming des Han, instigateur de la propagation du bouddhisme en Chine, ordonna un jour qu’on allumât des lanternes pour honorer Bouddha. On dit qu’il en fit déployer un si grand nombre que Bouddha lui même descendit du ciel pour les admirer. Plus tard, sous les Tang (618-906), on raconte qu’un autre empereur fit dresser lanternes et ornements dans l’ancienne capitale de Chang An, pour le divertissement de la cour et le ravissement des invités étrangers, associant dès lors l’usage des lanternes avec l’idée d’un certain faste. De nos jours l’usage des lanternes a perdu son caractère hiératique, il invite davantage à la fête et fait le bonheur des enfants.

La fête revêt un caractère plus social que la fête du printemps elle donne traditionnellement l’occasion de se rencontrer, ou de faire des rencontres, car le soir, on sort pour se délecter du spectacle des lanternes. Des anciennes coutumes autorisaient aux jeunes seulement deux sorties par an le jour de la fête des pures clartés 清明节 (qing1 ming2 jie2), où l’on sortait nettoyer les tombes, et le soir de la fête des lanternes, au cours duquel la jeune fille partait à la rencontre de son futur fiancé. Dans beaucoup de romans anciens les rencontres se produisent le soir de la fête des lanternes.

La croyance populaire veut aussi que le jour de la fête des lanternes, avec celui de la fête de la pleine lune en automne, soient les seuls où une femme enceinte, grâce à un rituel précis, peut connaître le sexe de son futur enfant. Avant minuit, et après avoir fait brûler de l’encens et des bougies devant l’autel des ancêtres, la future mère fait sauter des gâteaux de lune à la poêle plusieurs fois tout en murmurant des prières. Puis, tenant un gâteau de lune derrière son dos - ça brûle pas ? -, elle sort subrepticement de la maison, toutes oreilles dehors. Les premiers bruits ou paroles qui lui parviendront alors, seront des indices révélateurs. La femme retourne ensuite auprès de l’autel et renouvelle le petit rituel culinaire des gâteaux de lune.

Le jour de la fête des lanternes, on a coutume de manger des 元宵 (yuan1 xiao2). Ce sont des boulettes de riz glutineux farcies (sucre, noix, sésame, fleurs de canneliers...). Durant les premières années de la république, on désigna les yuan xiao sous le nom de 汤圆 (tang1 yuan2) - soupe de la réunion -, car Yuan Shikai, le fondateur du régime républicain en Chine, refusa d’être associé au nom d’une friandise. Plus grave encore, est aussi homophone de 消 (xiao1) "faire disparaître", "yuan xiao" signifiait donc "éliminer Yuan" !

La période des festivités de la fête du printemps s’achève sur la venue de cette seconde pleine lune, et laisse place aux nombreuses fêtes traditionnelles qui jalonnent l’année lunaire.

Encore une fois, tout ceci est très traditionnel, surtout que tous les gens qui travaillent ailleurs n'ont qu'une semaine de vacances. Le 8ème jour, il faut donc reprendre le boulot !

Source : Eurasie.net

Publié dans Culture & traditions

Commenter cet article

lory 19/08/2006 14:39

J'adore lire toutes tes explications, et tes découvertes de tradictions, c'est un peu comme apprendre "à distance".
Merci pour ton si joli blog!

Aixue 19/08/2006 18:17

Merci beaucoup pour tes commentaires, je les adore :D

Nieves 29/01/2006 11:44

Bonne année à vous et votre famille , vos articles sont interessants et toujours traités avec beaucoup d'humour. Merci.

Aixue 03/02/2006 13:49

Et ben merci beaucoup pour tous ces compliments !